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Fiction

Mercredi 11 février 2009

Il n y a pas d’espace plus vivant que les gares et les aérogares. Cela grouille de vie !

Des millions de voyageurs passent chaque jour par ces lieux où le maître mot est l’attente. Des trains  entrent en gare, d’autres en sortent. Des voyageurs arrivent, d’autres attendent leurs départs. Assis là, dans l’indifférence générale, on est noyé dans la masse.

Dans les gares, les voyageurs ont toujours cette expression préoccupée et rarement sereine. Comme s’il sont déjà ailleurs en pensée, avant même de se déplacer vers cet ailleurs qui les attend. Pour tromper leur attente solitaire, les voyageurs lisent, prennent un café, écoutent leurs lecteurs MP3. D’autres, s’accrochant à l’humain, passent leur temps au téléphone.

  Souvent, ils sont comme dans des bulles qui les coupent de leurs voisins de banc. Des liens éphémères se font et se défont parfois l’espace d’un voyage, un échange de quelques mots. Toutes ces personnes, ces vies ambulantes qui vont vers d’autres vies en en laissant d’autres derrière eux. Des vies qui se croisent, se décroisent et parfois juste des yeux.

  Appelés par une voix off aux intonations impersonnelles, les voyageurs se saisissent de leurs bagages et se précipitent vers leurs wagons. L’attente est finie. Il est temps de partir, en silence.
Par Khandjarette
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Mardi 2 décembre 2008
« Sale insecte ! » tonna Gérard en se tapant la joue, il regrettait amèrement  l’idée de ce camping en pleine forêt. Qu’est ce qui lui a pris d’écouter sa femme, lui qui aimait tant le confort ? Elle, par contre, dormait paisiblement pendant que lui était vraiment de mauvais poil.

Il se mit à imaginer son week-end ailleurs, à Hawai par exemple. Sur une plage au sable blanc, sur un hamac sous les cocotiers. Bronzette, soleil, et un jus de fruits exotiques frais à portée de main, ou même attablé à un de ces bars colorés sirotant un Malibu. Rien que cette idée était pour lui une véritable torture. Des moustiques agaçants le rappelaient à la réalité de son week-end raté.

Assis dehors par cette nuit fraîche, une couverture sur les épaules, le regard perdu dans le noir. Gérard scrutait les étoiles. Il fulminait. Il pestait. Il avait juste envie de lancer la soucoupe de sa tasse de café sur le petit écureuil dont il voyait scintiller les yeux de loin.

Il se résigna. C’était aussi cela faire plaisir à sa femme. Accepter de dormir au milieu de nulle part sans commodités, sans confort, subir ces insectes qui t’embêtent juste parce que tu oses t’installer sur le terrain de dame Nature.

Il décida de penser au lendemain, au moment de plier bagage pour rentrer chez eux. Il se réjouit à l’idée d’un retour à la civilisation. Dormir au chaud, sur son lit. Il avait hâte de rentrer. Il se rappela juste qu’il allait devoir gérer un trafic pourri sur la A 9. Cela l’agaça.

Par Khandjarette
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Vendredi 7 novembre 2008



Mince alors, encore en retard! Il allait rater le premier cours et il le savait. "Tant pis, se dit-il, j'irai prendre un café au foyer des étudiants. "

Il se dirigeait vers la cafette quand il la vit de loin arriver aussi, elle hatait le pas et semblait se diriger vers la bibliothèque. Comme lui, elle s'était donc résignée à louper ce premier cours de la journée. Il s'arrêta net et la contempla de loin à son insu.

  Brune, élancée, le regard hautain et surtout indifférent. Elle filait droit, dans sa bulle, comme si le monde environnant n'existait pas. L'air détaché, elle ne voyait que son horizon et rien d'autre. C'est ce qui le frappa chez elle le premier jour où il la vit, et  c'est ce qui le séduisit. "Putain! quant est ce qu'elle va enfin remarquer mon existence?" jura-t-il. Depuis qu'il l'avait vue avec un groupe d'amis communs et qu'il avait été attentif à elle, il avait toujours fait en sorte de se faire remarquer. Mais rien! Elle n'avait pas l'air de l'avoir distingué du monde qui peuplait les amphis. Il s'arrangeait toujours pour se mettre juste derrière elle sur les bancs, il est même allé juqu'à modifier son emploi du temps pour assister à certains TD dans son groupe à elle, il est devenu ami avec ses copines et copains. Bref, il s'était infiltré dans son réseau sans réussir à échanger avec elle plus qu'un bonjour et parfois elle n'y répondait pas car toujours happée par tout le monde. Ses amis, l'adoraient elle était drôle, intelligente et très sympathique.
 
  Son gobelet fumant en main, il se dirigea vers la bibliothèque. C'était peut être son jour de chance, leur promo étant à l'amphi, elle serait peut être seule.

  Elle était assise à une table tout au fond de la salle, des écouteurs sur les oreilles,  tête baissée, elle feuilletait un bloc notes. Il se mit juste à une table qui lui faisait bien face, il sirotait son café en la fixant. Elle avait toujours cette habitude d'écouter de la musique en recopiant ses cours. A un moment elle leva la tête et croisa furtivement son regard, la façon dont elle rabaissa la tête en rosissant légèrement lui avait trop plu. Il commençait à la destabiliser et c'était un bon signe. Elle fit mine d'être plongée dans sa tâche, pendant qu'il prenait un malin plaisir à la contempler.


"Merde et merde, il est là!" fulmina-t-elle faisant son imperturbable alors même que son coeur battait la chamade. Encore une fois, elle était piégée par ce regard fauve.

                                       
                                         
 











Par Khandjarette
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Lundi 22 septembre 2008

Face au curseur qui clignote sur ma page Word, mon regard se perd.

Frustrée, transie, la rage au cœur, je fulmine intérieurement contre ces mots qui me refusent une libération.

Mes yeux plongent dans la blancheur virginale de la page jusqu’à en voir les microscopiques parcelles.

Les secondes passent, les minutes s’égrènent, les heures  s’accouplent. Et rien ! Je suis le centre de gravitation d’un vide intersidéral. Un blocus cérébral m’interdit l’accès à mon réservoir émotionnel.

« Il faut que ça sorte ! Il faut que ça sorte ! » . Je me répète ce leitmotiv comme pour hypnotiser  les idées capricieuses qui me narguent. Rien n’y fait, c’est gelé, une vraie constipation cérébrale.

Je me cogne la tête contre l’écran, je secoue mes méninges endurcies. J’ai mal aux tempes. Le front moite, de mes mains je me serre la tête. Mon pouls s’accélère, mon cœur bat très fort, je l’entends à mes oreilles qui bourdonnent.

Mon visage tendu est fiévreux.

Ca vient, j’en ai mal.

Ouf le premier mot sort.

Mes doigts tremblants cherchent avidement les touches.

D’un rapide coup de clavier je l’écris enfin 

M E R D E

 

 

Par Khandjarette
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Mercredi 17 septembre 2008
       La veille encore, j’étais quelqu’un d’autre, et voilà qu’une simple caisse en carton remplie de fétiches et de souvenirs changeait jusqu’au cours de ma vie.

C’est absolument extraordinaire de penser qu’un geste anodin, celui de jeter cette caisse sans considérer son contenu, aurait donné à mon existence un tout autre sens, une tout autre trajectoire. Aussi incroyable que cela puisse paraître, je dois ma réussite et mon bonheur à une caisse en carton ou plus précisément à ce que j’y retrouvai.

   Je ne peux expliquer avec précision ce qui m’avait incité, alors que je n’étais pas un adepte du rangement, à rouvrir ce placard et à en redécouvrir le contenu. C’est avec un sourire amusé que je revis ma collection de timbres et mes pulls usés ainsi que beaucoup d’objets auxquels se rattachait une partie de ma vie, la plus compliquée.

 Dans ce bric-à-brac hétéroclite se trouvait une reliure rouge dont la seule vue fit bondir mon cœur en m’émouvant au plus haut point. C’était mon journal d’adolescent, celui que je tins de quatorze à seize ans. Je touchai délicatement la couverture poussiéreuse en songeant aux mots, aux sentiments, aux événements qu’avait recueilli ce carnet, de ma main, quatre ans auparavant.

   Ma vie d’universitaire zélé m’avait tellement absorbé que j’avais presque oublié l’existence de ce journal, il faut dire qu’à l’époque je le cachais soigneusement à mon entourage et particulièrement à mes copains qui n’auraient pas manqué de me ridiculiser. La pratique diariste était une activité de filles. Avec du recul, je pense qu’en dehors de leurs airs de mâles boutonneux soucieux de leur virilité naissante, tous les adolescents éprouvent, ne serait-ce qu’une fois dans leur vie, le besoin de jeter des mots sur du papier. L’écriture est le mode d’expression le plus cathartique à un moment de la vie où les angoisses sont multiples et où la tendance est à l’introversion. Et adolescents, on est sujets à toutes les angoisses du monde, même les plus insoupçonnées.

  Bref, lorsque j’eus mon journal d’adolescent entre les mains, une forte émotion, teintée inexplicablement de frayeur, s’empara de moi. Si je fus amusé de retrouver mes confidences de gamin, brusquement je les redoutai et je dois reconnaître que c’était à juste titre.

  Dés les premières pages que je lus, je sus que je ne serai plus jamais le même, je n’étais déjà plus le même individu, l’auteur de ce carnet auquel je ne m’identifiai pas. Avez-vous jamais ressenti ce terrifiant dédoublement qui vous frappe lorsque subitement vous relisez des lettres ou quelques écrits dont vous aviez, un jour, été l’auteur ? Pour ma part, l’expérience a été foudroyante.

 A partir du moment où je commençai à relire mon journal, il y eut deux personnes nettement distinctes : celle qui tenait le journal entre les mains et celle qui l’avait rédigé quelques années auparavant. La première était un jeune adulte content de son sort et croyant l’avoir choisi, la deuxième personne était un adolescent docilement soumis, obéissant et dont l’unique souci était de maintenir l’image du fils parfait sans jamais décevoir un père abusif.
 
  Si l’écriture était bien la mienne, je fus dégoûté de ces propos, ces mots écrits par un autre moi que je refusai de reconnaître. Relire mes pensées d’adolescent m’avait ouvert les yeux sur une affreuse réalité : je me rendis compte que je n’avais jamais été moi-même mais l’être qu’avait façonné, à son gré, un autre homme, mon procréateur.

   Le hasard qui m’avait amené à retrouver mon journal, avait ainsi provoqué l’ouverture d’une trappe savamment fermée qui me séparait d’un passé proche dont le concerné était l’enfant effacé que je fus et que je retrouvai à l’âge de vingt ans.

  Des souvenirs, que soudain je perçus différemment, affluèrent dans mon esprit et je fus littéralement horrifié par le portrait que renvoyait mon journal de cet adolescent en lequel je ne me reconnus pas.

  Au fur et à mesure de ma lecture, une autre personne naissait en moi jusqu’à me submerger complètement. Lorsque je refermai mon journal j’étais transformé et toute mon existence dût, par un juste retour des choses, se plier à cette transformation. 





Par Khandjarette
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